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lundi 30 septembre 2019

Qui suis je ? par Ramana Maharshi

Sri Ramana Maharshi (1879 - 1950) est un maître contemporain hindous parmi les plus célèbres. Il n'appartient à aucune lignée et n'a pas connu de maître. Il est considéré comme un sage védique et tout ce qui l'ont approché ont été fortement touché par sa présence et ses enseignements. Cependant il n'enseigna pas des doctrines, il ramenait les disciples à leur être essentiel. 

"Le Coeur est l'unique vérité. l'esprit n'est qu'une étape."

QUI SUIS-JE ?
Texte de Sri Baghavan Maharshi Traduction de " Who am I ? "

Traduit du Tamoule originale à l'anglais par Dr.T.M.P. MAHADEVAN
Traduction française: Eleonore Braitenberg
Première édition française : © Sri Ramanasramam, 2005


Baghavan Râmana Maharshi

Qui suis-je ? (Nan Yar?) est le titre donné à une série de questions et de réponses ayant trait à la recherche du Soi. Les questions ont été posées à Bhagavan Râmana Maharshi par Shrî M. Sivaprakasam Pillai en 1902. Shrî Pillai, diplômé de philosophie, travaillait à l'époque à la section financière du South Arcot Collectorate. Lors d'une visite officielle à Tiruvannamalai, en 1902, il monta à la grotte de Virupaksha sur la colline Arunâchala où il rencontra le Maharshi. Il le pria de le guider spirituellement et lui posa des questions concernant la recherche du Soi. Shrî Bhagavan ne parlant pas à cette époque - non pas qu'il ait fait un voeu, mais il n'en sentait pas le besoin - lui répondit par écrit.

D'après les notes de Shrî Sivaprakasam Pillai, il s'agissait de treize questions et leurs réponses données par Shrî Bhagavan. Ces notes, publiées par Shrî Pillai en 1923 (en langue tamoule) accompagnées par deux de ses propres poèmes, indiquaient comment, par la grâce de Shrî Bhagavan, ses doutes avaient été dissipés et lui-même sauvé d'une crise existentielle. Par la suite, le Qui suis-je ? a été publié à diverses reprises. Certaines publications présentent treize questions, d'autres vingt-huit. Il existe aussi une version dans laquelle les questions ne figurent pas et où les réponses sont arrangées sous forme d'essai. La présente traduction anglaise (qui servait aussi à la traduction française) a été faite à partir de cet essai et représente la version de vingt-huit questions et leurs réponses. Avec le Vichara-sangraha (La Recherche de Soi-même), le Nan Yar (Qui suis-je ?) représente la première série d'instructions données par le Maître avec ses propres mots.

Parmi les oeuvres de Shrî Bhagavan ces deux écrits sont les seuls en forme de prose. Ils exposent clairement son enseignement central, notamment que la voie directe vers la Libération est la recherche du Soi. La manière d'effectuer cette recherche est décrite de façon explicite dans le traité Nan-Yar: Le mental est constitué de pensées. La pensée «je» est la première qui s'élève dans le mental. Si l'on poursuit l'investigation « Qui suis-je ? » d'une manière constante, toutes les autres pensées sont détruites, et finalement la pensée «je» elle-même disparaît, laissant la place au Soi non-duel; les fausses identifications du Soi avec les manifestations du non-Soi, tels que le corps et le mental, cessent, et l'illumination (le sâkshâtkâra) s'ensuit. Le processus de la recherche du Soi n'est en aucun cas facile. En posant la question « Qui suis-je ? », de nombreuses autres pensées vont surgir; mais, au lieu de leur céder et de les suivre, il faut demander : «A qui se présentent-elles ?».

Pour ce faire on doit rester extrêmement vigilant. Grâce à cette investigation constante le mental s'établira dans sa source et ne pourra se disperser et se perdre dans le labyrinthe des pensées créées par lui-même. Toutes les autres disciplines, tels que le contrôle de la respiration ou la méditation sur une image de Dieu, doivent être considérées comme des pratiques accessoires. Elles ne servent qu'à la maîtrise et la concentration du mental. Pour un mental exercé dans la concentration, la recherche du Soi devient comparativement facile. C'est par une investigation incessante que les pensées seront détruites et le Soi réalisé – la Réalité plénière dans laquelle il n'y a même plus la pensée «je», expérience qui est désignée comme « Silence ».

Tel est en substance l'enseignement de Bhagavan Râmana Maharshi dans le traité Nan Yar (Qui suis-je ?). T.M.P. Mahadevan Université de Madras 30 juin 1982 Qui suis-Je? (Nan Yar?)

Tout être vivant aspire à un bonheur jamais troublé par la souffrance. Et chacun éprouve le plus grand amour pour soi-même; la source de cet amour est le bonheur seul. Ainsi, afin d'atteindre ce bonheur qui est notre nature réelle et que nous expérimentons dans le sommeil profond lorsque le mental est absent, chacun doit se connaître soi-même.

La meilleure méthode pour y parvenir est la voie de la Connaissance,
la quête du Soi par la question « Qui suis-je ? ».

1. Qui suis-Je ? 

Je ne suis pas ce corps physique, constitué des sept éléments subtils (dhâtu), ni les cinq organes de perception sensoriels, c'est-à-dire l'oreille, l'oeil, la langue, le nez et la peau, et leurs fonctions correspondantes: l'ouïe, la vue, le goût, l'odorat et le toucher; je ne suis pas les cinq organes d'activité, c'est-à-dire les organes vocaux, les mains et les pieds, l'organe de procréation et l'anus, et leurs fonctions respectives: le langage, les mouvements du corps physique, la jouissance et l'excrétion; je ne suis pas les cinq forces vitales, le "prâna" etc. qui permettent d'accomplir leurs fonctions correspondantes; même l'esprit pensant je ne le suis pas; et pas non plus cet état d'ignorance inconsciente, dans lequel ne se trouvent que les impressions des objets, et non les objets eux-mêmes et leurs fonctions.

2. N'étant rien de cela, alors, Qui suis-Je ? 

Après avoir rejeté tout ce qui a été mentionné ci-dessus comme n'étant « pas ceci ni cela », cette pure Conscience qui seule demeure - CELA je suis.

3. Quelle est la nature de la Conscience? 

La nature de la pure Conscience est Être-Conscience-Félicité (sat-chit-ânanda).

4. Le Soi, quand sera-t-il réalisé ? 

Lorsque le monde, ou ce qui est vu, aura disparu, le Soi, ou celui qui voit, sera réalisé.

5. Peut-il y avoir réalisation du Soi tout en expérimentant le monde comme réel ? 

Non, ce n'est pas possible.

6. Pourquoi ? 

Celui qui voit et ce qui est vu sont comme la corde et le serpent. A moins que la perception illusoire du serpent dans la corde ne cesse, la réalité de la corde, qui est le substrat, ne peut être reconnue. De même, tant que ne cesse la croyance dans la réalité du monde, la réalisation du Soi, le substrat, ne peut être obtenue.

7. Quand le monde, en tant qu'objet visible, disparaîtra-t-il ? 

Le monde disparaîtra lorsque le mental, cause de toutes les perceptions et actions, sera au repos.

8. Quelle est la nature du mental ? 

Ce qui est appelé «mental» est une merveilleuse force inhérente au Soi par laquelle toutes les pensées s'éveillent. En dehors des pensées, le mental n'existe pas. Aussi, la pensée constitue-elle la nature du mental. En dehors des pensées, il n'y a pas d'entité indépendante appelée monde. Dans le sommeil profond, il n'y a ni pensée ni monde. Dans les états de veille et de rêve, les pensées sont présentes ainsi que le monde. Tout comme l'araignée tire d'elle-même le fil (de la toile) et le résorbe en elle-même, le mental projette le monde en dehors de lui-même et le résorbe en lui-même. Quand le mental émerge du Soi, le monde surgit. Ainsi, lorsque le monde apparaît (comme réel), le Soi n'apparaît pas; et lorsque le Soi apparaît (ou resplendit), c'est le monde qui n'apparaît pas. Si on s'interroge assidûment sur la nature du mental, celui-ci finira par disparaître, laissant seul le Soi. Ce qui est désigné comme le Soi est l'âtman. Le mental ne peut exister indépendamment du monde grossier; il ne peut subsister par lui-même. C'est le mental qu'on appelle corps subtil ou âme (jîva).

9. En quoi consiste la voie de l'investigation dans la nature du mental ? 

Ce qui s'élève dans ce corps en tant que « je » est le mental. Si on se demande de quelle partie du corps la pensée « je » s'élève en premier, on découvrira que c'est du Coeur. C'est là qu'elle prend naissance. Aussi, en dirigeant son attention constamment sur le "Je"-"je", on sera conduit à cet endroit. La première de toutes les pensées qui apparaissent dans le mental est la pensée « je ». C'est seulement après la naissance de celle-ci que les autres pensées s'élèvent. En d'autres termes, ce n'est qu'après l'apparition du premier pronom personnel que le deuxième et le troisième pronom apparaissent; en l'absence du premier le deuxième et le troisième ne peuvent exister.

10. Comment le mental peut-il devenir tranquille ? 

Par l'investigation « Qui suis-je ? ». La pensée « Qui suis-je ? » détruira toutes les autres pensées, et, semblable au bâton qu'on utilise pour remuer le bûcher, elle sera détruite, elle aussi, en temps voulu. C'est alors que la réalisation du Soi commencera à poindre.

11. Par quel moyen peut-on se maintenir dans la pensée « Qui suis-je ? » ? 

Lorsque des pensées surgissent, au lieu de les suivre, on doit plutôt se demander : « A qui sont elles venues ? ». Peu importe le nombre de pensées qui s'élèvent ainsi. Si vous vous demandez à chaque fois : « A qui cette pensée est-elle venue ? », la réponse sera « à moi ». Si vous poursuivez alors l'investigation « Qui suis-je ? », le mental retournera à sa source et la pensée qui venait de surgir s'évanouira. En persévérant ainsi dans cette pratique, le mental développera peu à peu la capacité de demeurer dans sa source. Lorsque le mental qui, lui, est subtil s'extériorise à travers le cerveau et les organes sensoriels, les noms et les formes du monde grossier apparaissent; s'il demeure dans le Coeur, les noms et les formes disparaissent. Ne pas laisser le mental s'extérioriser, mais le maintenir dans le Coeur est ce qu'on appelle « intériorisation » (antar-mûka). Si le mental quitte le Coeur, on appelle cela « extériorisation » (bahir-mûka). Ainsi, quand le mental demeure dans le Coeur, le « je », origine de toutes les pensées, s'évanouit, et le Soi toujours présent resplendit. Quoique l'on fasse, on doit le faire sans le « je » de l'ego. Si on agit de telle manière, tout se révèle comme étant de la nature de Shiva.

12. N'existe-t-ils pas d'autres moyens pour apaiser le mental ? 

Il n'y a que l'investigation comme moyen adéquat. Si l'on s'efforce de maîtriser le mental par d'autres moyens, on y arrivera, mais seulement en apparence, car il s'élèvera à nouveau. C'est ainsi que le mental peut être apaisé par le contrôle de la respiration, mais cela ne dure que le temps du contrôle de celle-ci; quand elle reprend, le mental se met, lui aussi, à s'agiter et à errer par la force de ses impressions latentes. Le mental et la respiration ont la même source. Le mental est constitué de pensées. La première qui surgit dans le mental est la pensée "je"; et c'est l'ego. L'ego a son origine à l'endroit même d'où s'élève la respiration. Ainsi, quand le mental s'apaise, la respiration est contrôlée, et quand la respiration est contrôlée, le mental s'apaise. Mais, dans le sommeil profond, bien que le mental soit tranquille, la respiration ne s'arrête par pour autant. Ceci est dû à la volonté divine et a pour but de protéger le corps et d'éviter qu'il soit pris pour mort. 

En état de samâdhi, et en état de veille lorsque le mental est tranquille, la respiration est contrôlée. Le souffle est la forme grossière du mental. Jusqu'au moment de la mort, le mental garde le souffle dans le corps; et quand le corps meurt le mental emmène le souffle avec lui. Par conséquent, la pratique du contrôle de la respiration n'est qu'une aide pour dompter le mental (manonigraha); elle n'apporte pas l'extinction du mental (manonâsha). Comme la pratique du contrôle de la respiration, ainsi la méditation sur une forme de Dieu, la répétition de mantras, le régime alimentaire etc. ne sont que des aides pour apaiser le mental. Par la méditation sur des images de Dieu et par la répétition de mantras, le mental se fixe sur un seul point. La nature du mental est précisément d'errer. Tout comme la trompe d'un éléphant cesse de s'agiter lorsqu'il tient une chaîne, car il ne cherche plus à saisir autre chose, de même le mental quand il est occupé à méditer sur des noms et des formes ne s'intéresse à rien d'autre. Quand le mental se déploie sous forme d'innombrables pensées, chacune d'elles finit par s'affaiblir; quand, au contraire, les pensées s'évanouissent, le mental se fixe sur un seul but et devient fort; pour un tel mental la recherche du Soi devient chose aisée. De toutes les règles de conduite, celle d'un régime restreint à la nourriture sattvique en quantité modérée est la meilleure. En observant cette règle, la qualité sattvique du mental se développe et cela favorise la pratique de la recherche du Soi.


13. Les impressions résiduelles (les pensées) relatives aux objets apparaissent, interminablement, comme les vagues sur l'océan. Quand seront-elles toutes détruites ? Par la méditation de plus en plus puissante les pensées seront finalement détruites.

14. Est-il possible pour ces impressions, formées depuis des temps immémoriaux, de se résorber, afin que l'on demeure le pur Soi ? 

On doit toujours persévérer dans la méditation sur le Soi, sans laisser place au doute « Est-ce possible, ou non ? ». Aussi pêcheur qu'on puisse être, il ne sert à rien de se tourmenter et de pleurer « Oh, je suis un pêcheur, comment puis-je être sauvé ? ». Si l'on renonce à la pensée « Je suis un pêcheur » et si l'on reste profondément centré dans la méditation sur le Soi, le succès est assuré. Il n'y pas deux mentaux, un qui serait bon et un qui serait mauvais; il n'y a qu'un seul mental. Ce ne sont que les impressions résiduelles qui sont de deux sortes - favorable et défavorable. Quand le mental est sous l'influence des impressions favorables on le considère comme bon; sous des impressions défavorables il est dit mauvais. On ne doit pas permettre au mental de se tourner vers les choses du monde et de se mêler des affaires des autres. Aussi mauvais que certains êtres puissent paraître, on ne doit pas les haïr pour autant. Le désir doit être évité au même titre que la haine. Tout ce que l'on donne à autrui, on se le donne à soi-même. Sachant que telle est la vérité, comment peut-on encore refuser quoi que ce soit à son prochain ? Si l'ego se manifeste, tout se manifeste; si l'ego s'apaise, tout s'apaise. A mesure que nous nous conduisons avec humilité, le bien s'établit. Une fois le mental tranquillisé, peu importe où l'on vit.

15. Combien de temps l'investigation doit-elle être pratiquée ? 

Tant que les impressions des objets demeurent dans le mental, il est nécessaire de poursuivre l'investigation « Qui suis-je ? ». Dès que les pensées se manifestent elles doivent êtres détruites à l'endroit même de leur origine par l'investigation. Se livrer sans interruption à la contemplation du Soi, jusqu'à ce qu'il soit réalisé, cela suffit. Tant que la forteresse est occupée par les ennemis, ceux-ci tenteront de se lancer au dehors; mais si, au moment où ils s'élancent, ils sont anéantis, la forteresse tombera dans nos mains.

16. Quelle est la nature du Soi? 

En vérité, seul le Soi existe. Le monde, l'âme individuelle et Dieu ne sont que des apparences dans le Soi, comparable à l'argent dans la nacre. Ils apparaissent et disparaissent simultanément. Le Soi est ce en quoi la pensée «je» n'existe plus. Cela est appelé « Silence ». Le Soi lui-même est le monde; il est le «Je»; il est Dieu; tout est Shiva, le Soi.

17. Tout n'est-il pas l'oeuvre de Dieu ? 

Le soleil se lève sans désir, sans intention ni effort; et par sa simple présence, la pierre émet de la chaleur, le lotus fleurit, l'eau s'évapore et les hommes accomplissent leurs tâches diverses et variées, puis se reposent. De même qu'en présence de l'aimant l'aiguille se met à bouger, ainsi, par le pouvoir de la présence de Dieu, les âmes, gouvernées par les trois fonctions (cosmiques) ou par la quintuple activité divine, accomplissent leurs actions, puis se reposent, conformément à leur karma. Dieu n'a pas d'intention et aucun karma n'adhère à Lui; c'est comme le soleil qui reste insensible aux activités du monde ou l'éther qui pénètre tout sans être influencé par les aspects positifs ou négatifs des quatre autres éléments.

18. Qui, parmi les adorateurs, est le plus grand ? 

Celui qui s'abandonne au Soi, ou Dieu, est l'adorateur le plus parfait. S'abandonner à Dieu signifie demeurer fermement dans le Soi sans permettre à une autre pensée que celle du Soi de surgir. Tout fardeau que nous remettons à Dieu, il le portera. Puisque le pouvoir suprême de Dieu anime tout, pourquoi ne nous y soumettons-nous pas, plutôt que de nous tracasser pour ce qui doit être accompli et comment il le sera. Sachant que le train transporte toute lourde charge, pourquoi devrions nous, nous les passagers, continuer à porter nos petits bagages sur les genoux, pour notre plus grand inconfort, au lieu de les poser à terre dans le train et d'être à l'aise.

19. Qu'est-ce que le non-attachement ?

Non-attachement signifie détruire les pensées à l'endroit même où elles naissent et cela sans laisser aucune trace. Tout comme le pêcheur de perles attache des pierres à sa taille et plonge au fond de la mer pour ramener la perle, de même, chacun de nous devrait se munir de non-attachement, plonger en lui-même et obtenir la Perle du Soi.

20. Est-il possible pour Dieu et le Gourou de provoquer la Libération de l'âme ? 

Dieu et le Gourou ne font que montrer le chemin vers la Libération; ils ne conduisent pas eux-mêmes l'âme à l'état de Libération. En vérité, Dieu et le Gourou ne sont pas différents. De même que la proie qui est tombée entre les mâchoires du tigre ne pourra jamais se libérer, ainsi ceux qui sont tombés sous le regard de grâce du Gourou seront sauvés par lui et ne se perdront plus; cependant, chacun doit par son propre effort poursuivre la voie que Dieu ou le Gourou lui a indiquée et ainsi obtenir la Libération. Se connaître soi-même n'est possible que par son propre oeil de connaissance et non avec celui d'autrui. Râma a-t-il besoin d'un miroir pour savoir qu'il est Râma ? 

21. Est-il nécessaire pour celui qui aspire à la Libération d'explorer la nature des différents tattva (2) ? 

Tout comme on n'éprouve pas le besoin d'examiner une par une les ordures avant de les jeter, de même il n'est pas nécessaire pour celui qui désire connaître le Soi de compter le nombre de tattva ou de s'intéresser à leurs caractéristiques; il lui faut plutôt rejeter tous les tattva qui lui cachent le Soi. Le monde doit être considéré comme un rêve.

22. N'y a-t-il alors pas de différence entre l'état de veille et l'état de rêve ? 

L'état de veille est long, l'état de rêve est court; il n'y a pas d'autre différence. Les événements du rêve paraissent tout aussi réels quand on rêve que ceux de l'état de veille paraissent réels quand on est éveillé. Dans le rêve le mental revêt un autre corps. Les pensées, les noms et les formes apparaissent simultanément aussi bien dans l'état de veille que dans l'état de rêve.

23. Les études livresques sont-elles de quelque utilité pour ceux qui aspirent à la Libération ? 

Toutes les Écritures sont d'accord sur le fait que, pour obtenir la Libération, le mental doit être apaisé; une fois que l'on a compris que l'essence de leur enseignement est la maîtrise du mental, il devient futile de faire des études interminables. Pour tranquilliser le mental il suffit de chercher en soi-même ce qu'est la nature du Soi. Cette recherche, comment peut-on la mener dans les livres ? On ne peut connaître le Soi que grâce à l'Œil de la Sagesse. Le Soi se trouve à l'intérieur des cinq enveloppes (1), mais les livres se trouvent en dehors d'elles. Puisque le Soi doit être cherché à l'intérieur en rejetant les cinq enveloppes, il serait donc futile de le chercher dans les livres. Arrivera le moment où il faudra oublier tout ce que l'on a appris.

24. Qu'est-ce que le bonheur? 

Le bonheur est la nature même du Soi; le Soi et le bonheur ne sont pas distincts. Le bonheur ne se trouve dans aucun objet du monde. A cause de notre ignorance nous nous imaginons que ce sont les objets qui nous procurent le bonheur. Quand le mental s'extériorise il éprouve de la souffrance. La vérité est que, ses désirs une fois satisfaits, il retourne chez lui [à sa source] et jouit du bonheur qui n'est autre que le Soi. De la même manière, dans les états de sommeil, de samâdhi et d'évanouissement et quand l'objet désiré est obtenu ou l'objet non désiré éliminé, le mental se tourne vers l'intérieur et jouit du bonheur du Soi. Ainsi, le mental erre sans cesse, tantôt il abandonne le Soi, tantôt il y retourne. Il est agréable d'être à l'ombre d'un arbre; dehors, la chaleur du soleil est brûlante. Quand on s'est promené sous le soleil, on apprécie la fraîcheur de l'ombre. Celui qui n'arrête pas de passer de l'ombre au soleil et du soleil à l'ombre est un insensé. L'homme avisé reste toujours à l'ombre. De même, le mental de celui qui connaît la vérité ne quitte jamais le brahman. Le mental de l'ignorant, au contraire, se mêle aux choses du monde et, se sentant misérable, il retourne vers le brahman un court instant afin d'éprouver le bonheur. En fait, ce qui est appelé monde n'est rien que pensé. Quand le monde disparaît, en d'autres termes, quand le mental est libre de pensées, il fait l'expérience du bonheur; inversement, quand le monde apparaît il éprouve douleur et souffrance.

25. Qu'est ce que la vision de la Sagesse (jñâna-drishti) ? 

Rester tranquille est ce qu'on appelle la vision de la Sagesse. Rester tranquille, c'est laisser le mental se résorber dans le Soi. Télépathie, clairvoyance et connaissance du passé, du présent et de l'avenir n'ont rien à voir avec la vision de la Sagesse.

26. Quelle est la relation entre absence de désir et Sagesse ? 

L'absence de désir est Sagesse. Les deux ne sont pas distincts; ils sont un et le même. L'absence de désir veut dire que le mental n'est plus tourné vers les objets. La Sagesse signifie qu'aucun objet n'apparaît dans la conscience. En d'autres termes, ne pas chercher autre chose que le Soi signifie détachement ou absence de désir; ne pas quitter le Soi est Sagesse.

27. Quelle est la différence entre investigation et méditation ? 

Par l'investigation on maintient le mental dans le Soi. La méditation consiste à contempler le Soi qui est le brahman, Etre-Conscience-Félicité.

28. Qu'est-ce que la Libération? 

Scruter la nature de son soi enchaîné et réaliser sa véritable nature est la Libération.

(1) La Taittirîya-upanishad décrit cinq enveloppes (kosha) recouvrant le Soi : annamaya-kosha - enveloppe faite de nourriture (le corps physique) prânamaya-kosha - enveloppe faite de souffle (la force vitale) manomaya-kosha - enveloppe faite de mental vijñânamaya-kosha - enveloppe faite de l'intellect ânandamaya-kosha - enveloppe faite de félicité
(2) Principes fondamentaux du phénomène SRI RAMANARPANAM ASTU
Texte original Contactez l'auteur, commentaire ou autre.

Source : http://www.sagesse.ms11.net/page11.html

mercredi 21 octobre 2015

Les voies qui mènent à la prémonition

Les voies qui mènent à la prémonition


Par le Docteur Larry Dossay, Médecin



Docteur Larry Dossey

Si la prémonition est une réalité – s'il nous est réellement possible de savoir une chose avant qu'elle n'arrive -, nous voici d'un coup parachutés dans deux des débats les plus insolites et les plus controversé de l'histoire de l'humanité : la signification du temps et la nature de la conscience.
Si les prémonitions existent, tous nos présupposés à propos du temps – il s'écoule inexorablement dans un seul sens, et nous sommes condamnés à ne jamais connaître que le passé et le présenté – sont forcément faux, parce qu'ils sont contraires à l'idée même de prémonition.

Comment faire alors ? Quelle autre conception de temps s'accorde avec la notion de prémonition ?


On peut par exemple considérer que le passé, le présent et l'avenir sont présent simultanément, disposés sur ce que les physiciens nomment un « univers-bloc » et qui ressemble à un présent éternel. D'ailleurs, « connaître l'avenir » ne voudrait plus rien dire puisque futur et présent existeraient en même temps. 
Le physicien David J. Miller du Centre for Time de l'université de Sydney, en Australie, dit : « Quand on se place dans la perspective de l'univers-bloc, l'avenir et le passé ne font plus qu'un, de sorte que plus rien n'interdit qu'il y ait des causes provenant du futur comme il y a des causes issues du passé."

Ou alors, comme le suggèrent certains physiciens, on peut se dire que le temps est capable de se retourner sur lui-même au moyen de « boucles spatio-temporelles closes » permettant aux informations du futur de surgir dans le présent.


Peut être est il possible de modifier notre notion du temps en intervenant sur la perception que nous en avons. L'idée d'un temps ne s'écoulant que dans un seul sens, nous disent la plupart des physiciens, est une illusion psychologique.


Pouvons nous renoncer à l'illusion ? Pouvons-nous « changer le temps » en modifiant notre façon de penser ? Il semblerait que oui. De nombreuses pratiques de méditation au sujet de s'extraire en quelque sorte du temps, pour éprouver le présent éternel. Il s'en dégage une version du réel compatible avec la prémonition.
Mais un problème demeure, qui concerne la nature même de la conscience. Dans leur quasi-totalité, les théories récentes qui circulent aujourd'hui dans le milieu scientifique à propos du temps partent du principe que la conscience est confinée au cerveau et au corps. Mais ce principe est peut être erroné.
Peut être la conscience est-elle libre d'aller et venir dans le temps et l'espace. Si c'était le cas, elle serait capable de s'évader du présent, de faire un saut dans le futur, d'y saisir une vision et de revenir bien vite au présent, produisant ce que nous éprouvons comme une prémonition. Ou alors peut-être que la conscience est déjà présente partout dans le temps et l'espace, et qu'elle n'a pas à voyager du tout. Dans ce cas, la conscience autant accès à toute information existante, ayant existé ou qui existera. Cela signifierait que la prémonition surviendrait automatiquement, parce que aucune information ne lui serait occultés. Il serait aussi simple de connaître les informations du passé et du futur que celles du présent. La prémonition n'aurait plus rien d'extraordinaire ou d'excessif, et nous n'en ferions pas tout un plat.

Il est donc possible d'envisager la prémonition en réajustant notre perception du temps à l'aide de nouveaux modèles physiques, en renonçant par des approches méditatives à l'illusion d'un temps qui s'écoulerait en un sens unique, en rependant la nature de notre conscience, ou en associant plusieurs de ces alternatives.

Il existe un autre moyen, la preuve. La méthode n'a rien de spéculatif, de théorique ou de philosophique. Elle ne repose pas sur l'argumentation mais sur les faits.

J. B. Rhine, fondateur légendaire de la parapsychologie expérimentale aux États-Unis, constitue un exemple de cette démarche.


Comme nombre de philosophes et de scientifiques actuels, il peinait à admettre la possibilité de l'existence de la précognition, car elle aurait signifié, disait-il, qu'en effet puis précéder sa cause. « Il est difficile d'accepter que l'acte de perception, qui est un résultat, puisse survenir avant sa cause. S'il y a bien une circonstance en sciences où le terme « impossible » semble s'imposer, c'est au sujet de l'hypothèse de la prophétie. » Mais Rhine a jugé que c'était à la théorie de se conformer aux faits et, considérant que la connaissance du futur avait été expérimentalement prouvée, que c'était à la science de produire une description du monde compatible avec la précognition.

Ainsi la preuve doit-elle peser sur l'évaluation de la prémonition : c'est à la théorie de céder devant les faits. Il faut mettre de côté tout sentimentalisme, renoncer à nos idées préconçues, si impitoyable cela soit-il à l'égard de nos vues personnelles et de nos théories chéries. Thomas Henry Huxley, perpétuel défenseur de Darwin, évoquait cette démarche en ces termes : « C'est la grande tragédie de la science – l'assassinat d'une belle théorie par un fait ignoble. »

Dans la prémonition, la conscience s'exprime hors de l'ici et maintenant, et se comporte comme si elle était libre de toute contrainte relative au temps et l'espace. 


Les implications de ce principe sont énormes, car si notre esprit n'est pas soumis aux contraintes de l'espace, il est omniprésent, et s'il n'est pas soumis aux contraintes du temps, il est immortel et éternel. Et s'il n'y a pas de limite aux esprits individuels, ceux-ci sont nécessairement regroupés dans quelque dimension où ils constituent un esprit unique, commun. Dans le jargon de la physique moderne, on dit d'un tel esprit qu'il est "non local".
Il n'y a plus à attendre de la communauté scientifique qu'elle adhère à la notion d'esprit illimité, infini et non local. Elle l'a déjà fait.


Une conférence très intéressante de Larry Dossey sur la Conscience pour un nouveau paradigme.








mardi 30 décembre 2014

Un message de Patanjali

Objectif grandiose
Patanjali


Quand vous êtes inspiré par un objectif grandiose, 
un projet extraordinaire, toutes vos pensées brisent leurs chaines : votre esprit transcende les limitations, votre conscience s'étend dans toutes les directions, et vous vous trouvez dans un monde nouveau, vaste, merveilleux. 

Les forces, les facultés et les talents qui sommeillaient en vous s'éveillent, et vous découvrez que vous êtes bien plus grand que vous ne l'aviez jamais révé.

Patanjali, Philosophe indien

Soyez Inspirés pour cette nouvelle année, que votre bilan de fin d'année ouvre sur d'enthousiastes objectifs pour 2015, soyez l'Artiste de votre Vie, profitez à autrui, offrez de l'Amour et vous en recevrez.

Merci aux lecteurs de ce blog pour cette année passée ensemble.

Kathy

dimanche 21 septembre 2014

Sur le jugement, par Arnaud Desjardins

Sur le jugement

L'intuition révèle les conditionnements

Quand la Lumière de l'Esprit pénètre les apparences, l'intuition révèle les conditionnements sous jacents aux comportements des autres, et qui permet ainsi la compréhension puis l'ouverture à l'Amour.

Voici un cours texte de Arnaud Desjardins dont j'ai eu la chance de rencontrer il y a quelques années à son ashram de St laurent du Pape en Ardèche. Je connaissais déjà son enseignement par ses livres depuis 1997, que je lue avec assiduité pendant quelques années et chose étrange, en lisant son enseignement, une impression de déjà-lu, déjà-connu et déjà-vécu dans les expériences et le processus de connaissance de soi.


Arnaud Desjardins, Maitre spirituel


Ne jugez pas, sinon vous ne sortirez pas du monde du jugement, vous jugerez les autres, vous vous jugerez vous mêmes, vous jugerez tout : la pluie, le beau temps. Renoncez à la justice habituelle et essayer de comprendre. Avant l'Amour vient la compréhension, la compréhension qu'en effet des lois psychologiques font que les êtres agissent comme ils agissent, sont déterminés et conditionnés à agir comme cela.

Tels qu'ils sont, ils ne peuvent pas agir autrement. Idéalement et en théorie, oui mais il faudrait qu'ils aient une autre éducation, un autre inconscient et d'autres glandes endocrines. Soyez un avec l'autre, ne laissez plus l'écran de l'égo et du mental s'interposer entre l'autre et vous.

Arnaud Desjardins


Pour aller plus loin 
Arnaud Desjardins a réalisé de nombreux films documentaires sur la spiritualité, je vous invite à voir le précieux documentaire ci-dessous réalisé en 1961, qui se révèle maintenant historique, sur les ashrams et les maitres spirituels en Inde, comme Swami Shivanada, Swami Ramdas, Mataji Krisnha Priya et Sri Ma Anandamayi. Une inde très différente de ce qu'elle est maintenant.

Le documentaire Ashrams, au coeur de la spiritualité, 

un des tous premiers documentaires en français traitant de l'Inde Spirituelle. "Ce film témoigne sur ces êtres hors du commun qui depuis de nombreux siècles, s'efforcent de soulager les souffrances, et les misères de leur prochain."







Pour les mails, cliquez ici pour voir le documentaire



jeudi 10 juillet 2014

La clarté de l'Esprit et l'Intuition

S'ouvrir à son intuition


L'intuition permet de recevoir les informations dont vous avez besoin pour avancer et agir, faire des plans et les réaliser. 

S'ouvrir à son intuition, c'est percevoir les solutions, les chemins, grâce à la clarté de l'Esprit.


S'éclairer de la lumière de l'Esprit. 



S'éclairer de la lumière de l'esprit, par la lanterne de notre conscience intérieure que tient l'Hermite pour se guider et qu'il a pris en main. La clarté de l'Esprit, et l'intuition pour avancer et éclairer son chemin.





La persévérance est un chemin solitaire.


Le chemin est étroit, une seule personne peut y passer. Toi seul peut le faire.

Se servir de toute son expérience de vie pour être bien centré en sa force intérieure et en harmonie avec soi, dans cette avancée, conseille l'Hermite, c'est possible en se reliant à sa conscience intérieure.

Vous remarquerez que l'Hermite recule pour avancer, il quitte un état pour aller à un autre état, qui sera la Roue de Fortune, une fin de cycle. Tout change, le nouveau appelle et l'ancien se quitte. Dieu guérit celui qui le demande, et qui laisse faire Dieu en lui, pour effacer les limites, désentraver le chemin, pour la liberté de l'Etre. 

Patience, le temps oeuvre, comme de la graine sortira une belle fleur pour en faire un jardin fleuri. 

Le seul guide : sa propre conscience lumineuse.

"Je traverse le blanc de ma vie" dit l'Hermite.

L'intuition de l'Hermite

L'Intuition permet de recevoir les informations que vous avez besoin pour réaliser vos objectifs, comment et avec qui. Etre intuitif c'est accepter et s'ouvrir aux informations, tout simplement. 

Les maturer, suivre la guidance intérieur et agir.
Se mettre en mouvement. Avancer lentement.

Le plus important dans cette leçon avec l'Hermite, c'est s'éclairer de son Esprit et suivre la guidance de sa Conscience intérieure. 





La Lune dans le Tarot 

Cette arcane, l'archétype de la Femme, représente plus particulièrement l'Intuition, l'ouverture à l'Intelligence Infinie.

L'Intuition est une capacité qui permet de rassembler de nombreuses données intuitives, formant un tout à interpréter par la suite. Un intuitif expérimenté utilise moins de symboles, son intuition s'exprime clairement avec des mots, des phrases, des images, des pensées et des ressentis. Son intuition continuera à utiliser des métaphores car cela fait partie du langage de l'Intuition. 


L'Hermite est guidé par son Intuition. Cherchez la Lune dans sa capuche, vous la trouverez ! 

© 2014 Kathy Hanke


Pour aller plus loin avec le Tarot de Marseille 

jeudi 20 février 2014

La solution de la pleine conscience

La méditation permet de développer son intuition et d'améliorer la conscience de soi et d'être réceptif aux signaux du corps qui sont à la source de l'Intuition. De plus le bien-être qu'elle engendre, la méditation en calmant l'esprit, permet d'être plus attentif à la petite voix de la sagesse en Soi et aide à la prise de décision.


Par Christophe André, Psychiatre et Auteur




La pleine conscience consiste à être présent à l'expérience du moment que nous sommes entrain de vivre, sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on ne cherche pas si c'est bien ou mal, désirable ou non), et sans attente (on ne souhaite pas que quelque chose arrive ou se passe).
Christophe André, Psychiatre et auteur



La solution de la pleine conscience


La pleine conscience consiste à être présent à l'expérience du moment que nous sommes entrain de vivre, sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on ne cherche pas si c'est bien ou mal, désirable ou non), et sans attente (on ne souhaite pas que quelque chose arrive ou se passe). 

La pleine conscience est donc une simple présence – juste être là -, mais si difficile à atteindre... En générale notre attention n'est que partiellement consacrée à ce que nous sommes en train de vivre. Et nous faisons des efforts pour nous concentrer sur certains points (qui nous semblent alors importants) plutôt que sur d'autres (que nous jugeons secondaires). Lorsque Evguénia Guinzbourg est touchée par le murmure des grands arbres sous le vent, elle pourrait considérer que c'est secondaire par rapport à l a gravité de sa situation : elle va peut-être être condamnée à mort.

Mais non elle est en pleine conscience, et le murmure des arbres est à cet instant précis ce qui est le plus important à son esprit. Fuite d'une situation trop douloureuse ? Mécanisme de défense, comme diraient les psychanalystes ? Je ne pense pas. Plutôt lucidité infinie. C'est que la pleine conscience peut aussi être comprise comme le niveau supérieur de l'acceptation : une sagesse intégrative, qui replace le détail dans son tout. Au moment où je vais peut être mourir, qui peut dire s'il n'est pas suprêmement important d'écouter une dernière fois le murmure du vent ?

En psychologie, la conscience est le mélange de l'éveil (cette disponibilité pour toutes les stimulations de l'environnement qui nous arrive) et de l'attention (la capacité de se focaliser sur un aspect de ce qui se passe). La pleine conscience est donc une intégration optimale de cela : présence, mais intense et disponibilité, mais à tout. On aurait pu aussi l'appeler « plein éveil ».

Elle n'est pas une forme de passivité et d'acceptation aveugle : elle permet d'habiter le présent, mais avec souplesse, en étant dans la possibilité de se désengager, si on le choisit, et en tout cas, en en étant conscient.

Les capacités de pleine conscience sont présentes chez chaque humain. Elles dépendent sans doute d'aptitudes naturelles à la concentration et à l'ouverture (les deux devant être liées et synchrones), mais elles peuvent aussi s'acquérir ou se développer par l'entrainement. Jusqu'à présent, cet entrainement est peu valorisé en Occident, où l'on donne plutôt la priorité à l'action et à l'intervention systématique. Chez nous, l'admiration pour les sages est moins grande que l'admiration pour les vainqueurs.

Bénéfices de la méditation

La méditation nous aide à comprendre la nature de la pensée.

En réalité, nous ne pensons pas : notre esprit produit des pensées, que nous choisissons et sélectionnons, ou qui s'imposent à nous. Nous ne faisons que subir et choisir. La production nous échappe, nous n'arrivons qu'en aval. Méditer nous rend plus conscients de cela : notre cerveau comme un robinet à pensées, ouvert sans cesse pour le meilleur et pour le pire. Et méditer nous aide donc à mieux choisir et moins subir, parmi le flot de ces pensées. Plus la pratique méditative est régulière, moins il existe de tendances à la rumination.

La méditation enrichit les états d'âme et aide à leur régulation.

La méditation aide à la prise de conscience de nos états d'âme, à mieux comprendre leurs liens avec nos sensations physiques, à déceler aussi comment nos états du corps (tension, douleur, faim, fatigue) influent sur nos états d'âme. 

De ce fait la pratique de la pleine conscience peut aider par exemple à la prise de décisions (dans les situations complexes notamment) car elle améliore notre discernement des « marqueurs somatiques », ces petites sensations corporelles à la source de l'intuition. Le petit pincement que l'on ressent lorsqu'on s'apprête à dire oui alors qu'on pense non, ou le malaise face à quelqu'un qui nous ment ou cherche à nous imposer une décision, où l'inconfort à prendre une décision qui paraît logique mais qui nous met mal à l'aise pourtant : nous pouvons être mieux à même de prêter l'oreille, ou plutôt le corps, à tout cela.

De même il est probable que la méditation, en facilitant les états cérébraux de synthèse, facilite aussi les processus de résolution de problème, conscients et inconscients : ces mécanismes, par lesquels, ayant réfléchi tranquillement à une question, la réponse nous arrive un peu plus tard.

La méditation permet de meilleures capacités de concentration pour travailler ou réfléchir.

… il est probable que la pleine conscience permet de nous amener à plus de créativité, par moins d'autocensure. Qu'elle nous aide à réfléchir portes et fenêtres de l'esprit grandes ouvertes : à tout accueillir avant de décider.

La méditation est corrélée au bien-être, et semble associée chez ses pratiquants à une fréquence plus grande d'états d'âme positifs, et moindre de négatifs.(...)

La méditation facilite le changement d'attitude et de conviction.

Parce qu'elle entraine à l'ouverture, à la curiosité et à l'accueil de ce qui est. Elle facilite la tolérance à la différence et la compréhension d'autrui, mieux que la simple information : car l'information ne marche qu'auprès de gens souples au préalable, réceptifs. Une étude avait ainsi montré qu'une forme particulière de psychothérapie basée sur l'acceptation de mieux faire évoluer les préjugés.

La méditation aide à savourer l'existence.

Non seulement parce qu'elle nous rend davantage capables de ne pas nous noyer dans nos ruminations, que nous identifions au plus vite. Mais aussi parce qu'elle nous aide à mieux savourer les bons moments, auxquels elle nous rend plus profondément présents.




Christophe André – Extrait du livre les États d'âmes, un apprentissage de la sérénité. Edition Odile Jacob, Collection Psychologie, Paris, 2011.
(page 332-333 ; 336-339)









Pour aller plus loin
Le site de Christophe André 
Méditer aujourd'hui, par Christophe André
Christophe André invite Frédéric Midal




samedi 14 décembre 2013

Tout est Un, Tout est Dieu







Tout est Dieu


Ellam Onru




L'incessante recherche du Soi, nous l'appelons Amour Suprême de Dieu, car Lui seul est établi comme Soi au-dedans du coeur de tous.


Sri Râmana Maharshi


Voilà un extrait du "Ellâm Onru" (Tout est Dieu) que Sri Ramana Maharshi conseillait en lecture à ses visiteurs...

Présentation
Ce texte anonyme, écrit en tamil au dix-neuvième siècle, est un bréviaire de l'Advaïta Vedânta. Le Sage d'Arunâchala, Sri Râmana Maharshi (1879-1950), unanimement reconnu comme la personnification de la Sagesse Éternelle de 1 J Inde le citait et le recommandait souvent. Ainsi, dans "Living by the words of Bhagavan", de David Godman (ouvrage retraçant le témoignage dAnnamalai Swami, proche du Maharshi), nous trouvons le passage suivant : " (...) lorsque je demandai à Bhagavan de me sélectionner du matériel de lecture, il me donna une liste de six livres : Kaivalya Navanitam, Ribhu Gitâ, Ashtâvakra Gitâ, Ellâm Onru, Swarupa Sâram, et Yoga Vâsishtha Il mit un accent particulier sur Ellâm Onru, me disant : "Si tu veux Moksha (la Délivrance), écris, lis et pratique les instructions contenues dans Ellam Ondré. " (édition de l'ashram de Sri Annamalai Swami, page 104, Tiruvannamalai, 1994).

Face à une telle recommandation, et sachant que ce livre est depuis longtemps introuvable, nous ne pouvions qu'être enthousiastes, lorsque nous avons eu la grâce d'en recevoir un exemplaire (d'une traduction anglaise, faite à l'occasion du 7 1 anniversaire de Râmana Maharshi). Cet enthousiasme doit cependant être assorti de prudence, la doctrine de l'Advavaita-Vedânta ayant souvent été malmenée par suite d'une compréhension schématique ou partielle. Voie directe, dépouillée, énonçant sans ambiguïté les ultimes vérités métaphysiques, ses adeptes n'en demeurent pas moins soumis à une hiérarchie et à des règles strictes. Voie de Jnâna (Connaissance), elle comprend aussi Bhakti. (Dévotion). Jadis préservés dans le rapport intime de Gourou à Disciple, ses enseignements sont aujourd'hui exposés au grand jour, accessibles à la consommation courante. Cette "démocratisation", heureuse à certains égards, n'est pas sans risques, et malheureusement, les mauvais exemples abondent : certains lecteurs ont tôt fait de se croire "élus", sûrs de l'imminence de leur "réalisation", négligeant les règles de conduite et l'humilité, indispensables pour progresser. D'autre part, il n'est pas rare d'entendre parler de "spiritualité athée", notamment à propos du Bouddhisme ou de l'Advaita-Vedântà , ce qui tend à vider ces traditions spirituelles millénaires de toute substance.

Tout ceci aboutit dans une sorte de courant néospirituel nouveau, le "réalisationnisme", où le degré spirituel suprême est banalisé, voire confondu avec un simple état psychologique - balayés les rites, la dévotion et les instructions spirituelles ! Pourtant l'exemple des plus grands Maîtres de la spiritualité nondualiste est probant, car ils ont gardé tout au long de leur existence de libérés vivants j ivan-mukta), une attitude humble et intensément dévotionnelle : il suffit de lire les hymnes de Shankarâcharya ou de Râmana Maharshi pour être convaincu que, même au summum de la Réalisation Spirituelle, les notions de vertu et de sacrifice demeurent intactes.

Il est donc préférable de rester vigilant lorsqu'on aborde des textes traitant de l'Advaïta-Vedânta . Vigilant à l'égard des textes sur le "marché", pour se prémunir des faux enseignements éventuels, mais vigilant aussi à l'égard de soi-même, lorsque les textes s'avèrent authentiques : gare aux faux gourous, mais gare aussi à l'orgueil spirituel...

A priori, ce texte (Ellam Ondré) ne semble pas devoir susciter de tels écueils, à condition d'être bien compris. Et il peut au contraire se révéler précieux, même dans le contexte difficile du monde moderne, qui se targue d'avoir "éliminé Dieu".
L'affirmation de l'Unité Divine ne peut être que bénéfique, même si, mal comprise, elle entraîne des dérapages. A ceux qui déplorent de voir les "perles jetées aux pourceaux, " il sera répondu que les jeux sont faits, que les verrous du secret et du Sacré ont sauté, et que nous vivons les temps où ce sont les pourceaux qui se jettent sur les perles... Mais le temps du secret initiatique, ce temps où les Upanishads, loin d'être "tirées" à des milliers d'exemplaires, n'étaient qu'entendues (Shruti), dans l'intimité du rapport de Guru à disciple, ce temps a passé. L'heure est au dévoilement, à la révélation l'apocalypse, au sens étymologique, du Grec apocalypsis = révélation), annoncée par les Écritures pour la fin du cycle. Mais malgré ce signe des temps, le respect et la prudence s'imposent, pour ceux qui en sont encore capables :
- respect pour la Tradition, qui porte et transmet ces textes sacrés à travers les siècles, ainsi que pour ses Anciens Sages, qui ne sauraient vieillir ;
- prudence, dans le contexte moderne, avide du "tout, tout de suite !", qui invite trop facilement à faire abstraction des règles traditionnelles, ouvrant la porte à tous les excès.
Tout est Un. La Vérité est d'une simplicité absolue, mais pour en avoir l'intelligence, nul n'échappe à la nécessité de suivre les instructions des maîtres ou des textes autorisés, dont ce petit livre est une pure illustration.
Malgré les imperfections de la traduction présente, qui s'ajoutent à l'infériorité "d'office" de toute traduction par rapport à son original, il s'agit tout de même d'une perle, et des plus précieuses. Reste au lecteur à faire preuve d'indulgence (pour le travail de traduction), et de discernement (pour en tirer la quintessence, et en faire bon usage)
Râmana Mabarshi, le Sage qui n'eût point de Maître, hormis la colline sacrée d'Arunâchala, n'enseigna jamais le rejet des Maîtres, ou de la Tradition. Il en souligna au contraire l'importance, et son cas est une divine exception, bénie même par l'orthodoxie hindoue. Son conseil de lire et d'appliquer le contenu de ce livre doit être reçu et suivi en confiance, et avec gratitude, comme une bénédiction.

R. Caputo.
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PRÉFACE DE L'AUTEUR
Comme tous les êtres vivants, les hommes cherchent à atteindre le bonheur et à échapper à la souffrance. Cela vaut pour la plupart des êtres humains, mais il en est, d'une tout autre dimension, qui gardent l'attitude juste, et s'accommodent patiemment du bien comme du mai qui leur arrive. La compagnie de tels êtres est autrement profitable que celle des gens ordinaires. Le bien ne peut advenir au monde que grâce à ces hommes de dimension supérieure.

La question se pose alors : -qu'est-ce que le vrai Bien ? Malgré l'importance de cette question, une réponse claire n'a pu être trouvée, car le "bien" est déterminé en fonction des circonstances. Une oeuvre de recherche sur le sujet, aussi complète fût-elle, oubliera d'envisager telle ou telle circonstance déterminante. Par conséquent il s'avère nécessaire pour tous de réaliser l'état qui rend apte à évaluer les situations et à déterminer ce qu'est le vrai Bien.

Cet état est unique. Aucun autre ne lui est comparable. Bien qu'étant L'Unique, il est étonnant que pour le "sens commun" il soit jugé "excessivement rare". Quoi de plus extraordinaire ?.. Cet état unique est très clairement décrit dans les Upanishads.

Dans ce livre, j'expose la même vérité, selon ma compréhension. je ne prétends pas à une quelconque originalité. Ce n'est que mon devoir.

Les chapitres de ce livre sont intimement liés, au point que tel aspect attendu ici sera traité là... De plus, certains aspects ne paraissant pas clairs après une lecture superficielle, s'éclaireront par une étude plus approfondie. Mais il y a peut-être plus à apprendre auprès d'oeuvres ou de Sages Majeurs...

Mère Universelle, Maître Véritable,

Venez-nous en aide !
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1. UNITÊ
1 -Tout, incluant le monde que tu vois, ainsi que toi-même, le témoin du monde, tout est Un.
2 - Tout ce que tu considères comme étant moi, toi, lui, elle, et cela, tout est Un.
3 - Les êtres sensibles, ainsi que l'inerte et l'insensible (la terre, l'air, le feu et l'eau), tout cela est Un.
4 - Le bien-être qui résulte de la conscience que " tout est Un", ne peut être obtenu par une conscience fragmentaire, séparant les choses et les êtres : tout est Un.
5 - La connaissance de l'unité de toutes choses est bonne, autant pour toi que pour les autres : tout est Un.
6 - Celui qui voit «je suis séparé", "tu es sépare Il$ "il est séparé", etc, agit d'une certaine façon envers lui-même, et d'une toute autre façon envers les autres. Il ne peut s'en empêcher. La pensée "chaque être est séparé des autres", est la graine d'où s'élève l'arbre de la discrimination arbitraire des actes (en fonction de la diversité des personnes). Comment pourrait-il y avoir un défaut de vertu chez celui qui sait qu'il y a unité entre lui et les autres ? Aussi longtemps que le germe de la différenciation est présent, l'arbre correspondant est à même de fleurir, que l'on s'y attende ou pas. Il faut donc renoncer à cette faculté de différenciation. Tout est Un.
7 - Question : dans le monde, les choses paraissent différentes ; comment puis-je alors considérer le tout comme étant Un ? Y-a-t-il un moyen d'atteindre à cette connaissance ? La réponse est celle-ci : dans un même arbre nous voyons des feuilles, des fleurs, des fruits et des branches, différents les uns des autres, et qui pourtant ne font qu'un, étant tous compris dans le mot "arbre". Leur racine est la même, leur sève est la même. Ainsi, toutes les choses, tous les corps, tous les organismes, proviennent d'une même source et sont activés par un seul et même principe vital: tout est Un.
8 - Ô homme de bien ! L'affirmation "tout est Un" est-elle bonne ou mauvaise ? Réfléchis. De même que la personne qui se voit elle-même comme elle voit les autres et les autres comme elle-même ne peut qu'être honnête et juste, de même comment le mal pourrait-il s'attacher à celui qui sait qu'il fait un avec les autres ? Dis-moi s'il existe une meilleure voie vers le Souverain Bien que la connaissance de l'Unité ? Il n'y en a certainement pas. Comment quelqu'un pourrait-il aimer les autres mieux qu'en sachant qu'ils sont lui-même ? Il les connût en tant qu'Unité -, il les aime en tant qu'Unité, puisqu'en vérité, ils sont Un.
9 - Qui petit partager la paix mentale et le calme du connaisseur de l'Unité ? Il n'a pas de soucis. Le bien-être de tous est son propre bien-être. Une mère considère le bien-être de ses enfants comme le sien propre. Cependant son amour n'est pas parfait, parce qu'elle se croit individuellement séparée de ses enfants. L'amour d'un Sage ayant réalisé l'Unité de toutes choses dépasse, et de très loin, même l'amour d'une mère. Il n'y a pas d'autre moyen pour réaliser un tel amour que la connaissance de l'Unité: tout est Un.
10 - Sache que le monde dans son ensemble constitue ton corps impérissable, et que tu es toi-même la vie perpétuelle du monde entier.
Y-a-t-il du mal à faire ainsi ? Qui a peur de suivre la voie sans blâme ? Sois téméraire. Les Védas enseignent cette vérité. Il n'y a rien d'autre que toi. Le Souverain Bien t'appartient. Oui, tu es ce Souverain Bien toi-même. Tout ce que les autres pourront tirer de toi sera du Bien, uniquement. Qui donc s'emploierait a agir contre ses propres corps et âme ? S'il y a un abcès dans le corps, un remède lui est appliqué ; même s'il s'avère douloureux, son objet est de faire du bien, uniquement. Il en ira de même pour certaines de tes actions, dont le but sera le bien du monde. C'est pourquoi tu ne dois pas t'empêtrer dans la différenciation.

En résumé : le connaisseur de l'Unité agit de la meilleure des façons. C'est la connaissance de l'Unité qui le fait agir. Il ne peut se tromper. Dans le monde, il est Dieu devenu visible. Tout est Un.

II. TOI
Qui es-tu ? Ce corps, est-ce toi ? S'il en est ainsi, pourquoi n'as-tu pas conscience du serpent qui glisse sur lui lorsque tu es en sommeil profond? Certainement, tu es autre que ce corps.
2 - Parfois, dans ton sommeil, tu as un rêve; alors, tu t'identifies à un personnage ; ce personnage, est-ce toi ? Non. Ou alors, que devient-il à ton réveil ? Tu ne peux être lui. Plus encore, tu as presque honte de t'être identifié à lui. Il est clair que tu n'es pas ce personnage ; tu es celui qui se tient à l'écart.
3 - Souviens-toi à présent de l'état de sommeil sans rêves. Est-ce celui de ta nature véritable? Tu ne le crois sans doute pas, car tu n'es pas insensé au point de t'identifier à ces épaisses ténèbres qui t'empêchent de connaître l'état où tu te trouves. Grâce à l'intellect, tu es capable de te distinguer des objets environnants : comment pourrais-tu admettre que tu es la même chose que l'ignorance, ou le vide ? Comment cela pourrait-il être ta véritable nature ? Ce n'est pas possible. Tu es le Connaisseur qui sait que cet état est un voile obscur et dense recouvrant ta véritable nature. L'ayant condamnée après en avoir fait l'expérience, tu sais que tu n'es pas cette sombre ignorance du sommeil profond. Tu es celui qui se tient à l'écart de cela aussi.
4 - Si tu admets que même ce corps grossier n e est pas toi, peux-tu imaginer être quel qu'autre chose de plus éloigné? Non. De même que tu n'es pas ce corps grossier, tu n'es pas non plus quelque chose d'autre qui s'en trouverait plus éloigné -, ni le personnage du rêve; ni l'ignorance du sommeil profond. Tu es différent de ces trois états, et de ce monde.
5 - Ces trois états peuvent se résumer en deux conditions : l'une où prédomine la conscience sujet-objet (qui comprend les états de veille et de sommeil avec rêves), et 1 autre, qui est celle de l'inconscience du sujet lui-même (comprenant l'état de sommeil profond). Toutes les expériences possibles sont comprises dans l'une ou l'autre de ces deux conditions. Et elles sont toutes deux étrangères à ta vraie nature, qui est toute autre.
6 - Si tu te demandes ce qu'elle est, son nom est Turiya, qui signifie "le Quatrième" (état). Ce nom est approprié, car il semble dire: "les trois états de ton expérience - veille, rêve et sommeil profond - te sont étrangers ; ton véritable état est le Quatrième, qui est différent de ces trois-là". En supposant que ces trois états (veille, rêve et sommeil profond) forment ensemble un long rêve, le quatrième représente le réveil mettant fin à ce rêve. Ainsi, il est plus profond que le sommeil profond, et en même temps plus "éveillé" que l'état de veille. Ton véritable état est donc ce de Quatrième", se distinguant de tes états de veille, sommeil avec rêves, et sommeil profond. Tu es cela, uniquement,
7 - Comment est ce quatrième état ? Il est la Connaissance qui ne particularise pas ; il est pleine Conscience de soi-même. Cela signifie que le quatrième état est pure Connaissance, sans conscience du particulier, mais en pleine conscience de Soi. Seul celui qui réalise cet état, même pour un seul instant, réalise la vérité. Tu es cela, uniquement. Qu'y-a-t-il de plus pour celui qui a réalisé le "Quatrième" ?
En pratique, il n'est pas possible pour quiconque, de demeurer à jamais dans cet état qui est l'état sans connaissance du particulier. Celui qui a réalisé le quatrième état, tôt ou tard revient à ce monde -, mais pour lui le monde n'est plus comme avant - il voit ce qu'il a réalisé comme étant le quatrième état, rayonner en toutes choses. 11 ne voit plus ce monde comme différent de cette Pure Connaissance. Ainsi, ce qu'il a vu à l'intérieur, il le voit maintenant, d'une manière différente, aussi à l'extérieur. Ayant quitté le stade de la différenciation, il est à présent établi dans l'état de non-différenciation, où qu'il se trouve. Désormais, il est Tout. Il n'y a rien qui soit différent de lui. Que ses yeux soient fermés ou ouverts, quels que soient les changements pouvant survenir, son état demeure inchangé. Cela est l'état de Brahmati, Cela est l'état naturel éternel. Tu es cet état, éternellement Vrai.
8 - Il n'y a rien au-delà de cet état. Les mots "intérieur" ~ , et " extérieure", perdent leur sens. Tout est Un. Le corps, la parole et le mental ne peuvent plus fonctionner égoïstement: Il Grâce les anime, pour le bien de tous. Le il moi" fragmentaire est perdu à jamais., L'ego ne peut plus revivre. Il est dit alors qu'il est libéré ici et maintenant. Il ne vit pas parce que son corps vit, ni ne meurt parce que son corps meurt . il est éternel. Il n'y a rien d'autre que lui. Tu es celui-là.
9 - Qui est Dieu ? Il est Grâce. Qu'est-ce que la Grâce? La Conscience, sans l'ego fragmentaire. Comment peut-on être sûr qu'un tel état existe ? Seulement en le réalisant. Les Védas louent celui qui réalise Cela, comme étant celui qui a réalisé Dieu, devenant un avec Lui. C'est pourquoi, ce que le monde peut nous apporter de meilleur, et ce que nous pouvons lui rendre de meilleur, c'est la réalisation de cet état. En fait, il n'y a pas d'autre état que celui-là ; les autres n'apparaissent que dans l'ignorance. Pour celui qui sait, il y a un état, uniquement: Tu es Cela.
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III. DIEU
1 - qui est Dieu ? Dieu est Celui qui transcende tout ce que nous percevons. S'Il est transcendant au monde, comment peut-il y avoir une relation entre Lui et le monde ? Il n'y a, en fait, pas une particule ici qui ne Lui soit reliée. Alors, que signifie qu'Il "transcende le monde" ? Le monde, cela veut dire nous-mêmes et ce que nous percevons. En d'autres mots, les êtres animés et inanimés ensemble forment le monde. Parmi ces catégories, nous estimons que les êtres conscients sont supérieurs. Que dire de Celui qui créa tous les êtres ? La seule chose que nous pouvons comprendre c'est qu'Il est au-delà des catégories d'êtres que nous connaissons. Notre raison ne peut aller aussi loin. Notre Créateur nous est donc supérieur, et ne peut être appréhendé par la raison. Son nom, Kadawul ('Etre Transcendant"), signifie qu'Il surpasse notre raison.
2 - Dieu ne peut-il alors être connu de nous ? Il n'en est pas tout à fait ainsi car dans un sens, 11 se laisse connaître par nous, et ce don de Sa Grâce doit nous suffire. Nous n'avons pas besoin de toute Sa grandeur. Il en a fait connaître assez pour que notre souffrance soit supprimée. Il n'y a pas de raison pour Lui de révéler un iota de plus de son pouvoir, qu'il n'en faut pour remédier à nos défauts dans l'état présent. C'est ainsi qu'Il se fait connaître selon nos besoins. Il est donc bien là, en quelque sorte à portée de notre connaissance.
3 - Qu'est-ce donc, qui nous permet de L'avoir à portée de notre connaissance ? Le fait qu'Il est connu en tant qu' Être - Conscience - Béatitude.
L'Être (Sat), désigne l'Impérissable, ce qui Est, pour l'éternité. S'il venait à cesser d'être, ne fût-ce qu'un moment, qui serait Son destructeur ? qui L'a créé ? La nature périssable de toutes choses nous enseigne que Tout est dirigé par l'Un impérissable. Ce Seigneur des Seigneurs, immortel, est Dieu. Sa nature impérissable est litre (Sat).
Par Conscience (Cit), il faut entendre Connaissance. Connaissance absolue, opposée à la connaissance ordinaire, sujette à l'erreur. Ni l'irrégularité ni l'erreur ne peuvent l'entacher. C'est La Connaissance, pure et simple. Celui qui est à l'origine de la Création, si parfaite et ordonnée, même parmi les êtres inanimés, nous enseigne fréquemment ainsi: "ta connaissance est irrégulière et erronée."
Une histoire célèbre raconte l'étonnement d'un incroyant devant l'un des prodiges de la nature : "pourquoi a-t-Il fait si petite la graine de l'arbre banyan qui est si grand ?" Un système où même les objets inanimés sont en ordre et ont une fonction utile, est forcément dirigé par un pouvoir conscient. Est-ce qu'un simple objet inanimé peut faire quelque chose relevant de la connaissance infaillible ? Et notre mode de connaissance imparfaite, le peut-il ? Non, ce n'est pas possible. C'est pourquoi il est dit que Dieu est Conscience (Cit).
La Béatitude, ou Félicité (Ananda), est l'état libre de désirs. C'est la plénitude de paix. S'il Lui restait encore le moindre désir, comment pourrait-Il être meilleur que nous-mêmes ? Comment pourrions-nous obtenir de Lui la félicité ? Lui-même aurait alors besoin d'un autre être pour satisfaire ses désirs.
Mais qui peut concevoir Dieu ainsi ?
L'état de satisfaction intérieure caractérise la félicité. C'est pourquoi Il est Félicité, ou Béatitude l'Ananda) Etre, Conscience et Béatitude sont inséparables. Individuellement, ils sont sans valeur. C'est pourquoi Il est connu, Lui, en tant quitte - Conscience - Béatitude (Saccidânanda)
4- Celui qui a réalisé le quatrième état et voit tout en tant qu'Un, celui-là connaît vraiment Dieu en tant quitte - Conscience - Béatitude. Les mots ne peuvent exprimer, ni les oreilles entendre, à quel point un tel être est uni à Dieu; c'est une question de réalisation; ; et il existe des voies et des moyens pour une telle réalisation. Ils peuvent être énoncés, appris et mis en pratique. Celui qui peut réaliser ainsi, est Dieu.
5 - Il n'a pas de nom; nous Lui donnons un nom. Il n'a pas de forme; nous Lui donnons une forme. Est-ce condamnable ? Quel nom n'est pas le Sien ? Quelle forme n'est pas la Sienne ? Quel est le son, la forme où Il ne se trouve pas . C'est pourquoi, en l'absence de la vraie connaissance de ce qu'Il est, tu peux Le nommer comme tu préfères, ou L'imaginer sous la forme qui te convient le mieux pour garder Son souvenir. Tout espoir d'obtenir Sa Grâce sans aucun effort est complètement vain. S'il était possible d'obtenir Sa Grâce de cette façon, tout serait pareil, il n'y aurait aucune raison pour qu'il existât des différences. Il nous a montré les voies et les moyens. Efforce-toi, atteins le but ; sois heureux ; ta paresse et ton égoïsme te font espérer Sa Grâce sans aucun effort, or la règle est valable pour toi comme pour tous. Ne relâche pas tes efforts. Dieu ne peut être réalisé que par ton effort.
6 - Il est un effort qui surpasse tous les autres. Il peut paraître moins efficace que la dévotion à Dieu avec nom et forme. Pourtant, c'est bien celui-ci le plus efficace : c'est tout simplement l'amour que tu portes à tous les êtres, pour le meilleur et pour le pire. En l'absence d'un tel amour pour tous, ta dévotion envers Dieu n'est que parodie. Quel sens cela a-t-il pour Dieu, si tu recherches auprès de Lui la satisfaction de tes désirs, sans faire ton devoir envers les malheureux ? Il n'y a là que pur égoïsme. Il n'y a pas de place auprès de Dieu pour des personnes aussi égoïstes, seuls les actes désintéressés y ayant droit de cité. Par conséquent, sachant bien qu'l1 est au centre de toute chose, dévoue-toi à Lui. Dieu est Celui qui suscite la plus haute dévotion.
7 -A mesure que tu attribues des noms et des formes à Dieu, tout en faisant preuve d'amour pour tous les noms et formes; ayant compris qu'ils sont tous Siens, ton mental va mûrir progressivement. De même que le goût d'un fruit s'améliore à mesure de sa maturation, de même en va-t-il, en toi, de la croissance du bien et du déclin du mal. À un certain stade de la maturation de ton mental, le moment viendra où il te faudra rencontrer ton maître. Ceci ne signifie pas que tu dois aller à sa recherche, ou lui à la tienne. Au moment voulu, la rencontre aura lieu, chacun s'y étant dirigé à sa manière. C'est votre complémentarité qui vous amènera à vous rencontrer, qui établira ta confiance en lui, adaptera son enseignement pour toi, et te rendra apte à le suivre. Celle-là est la voie directe pour aller à Dieu qui est de réaliser le quatrième état. Tu suivras la vole et atteindras ton but, qui est Être - Conscience - Béatitude, qui est Dieu.
8 - La voie enseignée par le maître est définitive, directe ; dirigée vers l'Unité, elle est naturelle et sans artifices, éprouvée depuis longtemps, non douloureuse. Lorsque tu es sur cette voie, il ne peut plus y avoir ni doute, ni peur . la peur et le doute, ne sont-ce pas les caractéristiques des voles des ténèbres ? Comment pourraient-elles te rencontrer dans la voie de la Vérité qu'enseigne le mettre ?
Ainsi, la vole te parlera d'elle-même, t'indiquant le bon chemin. Alors, il ne te restera plus qu'à rencontrer ton maître et à apprendre de lui. Cette voie vous est commune, a tous les deux, par la Volonté de Dieu. Avant toi, ton maître l'a parcourue. Il te montrera le chemin et tu le suivras. À combien d'autres enseigneras-tu ce même chemin? Et combien d'autres suivront-ils après ? D'évidence, la peur et le doute n'ont pas de place dans la voie de la Vérité. Une fois que tu auras fait un pas en avant, tu ne reculeras plus. L'aide du maître est effective pour ce. premier pas uniquement. Tu n'as besoin de rien faire pour que la voie te soit enseignée par ton maître. Sache qu'il est le messager de Dieu, envoyé pour révéler la voie à ceux qui sont prêts, qui ont mûri par leurs propres efforts, accomplis dans l'une ou l'autre des deux directions dont nous allons parler. C'est Dieu qui envoie ce messager divin dès que le degré de maturité suffisant est atteint.
9 - La pratique avec foi, mais sans Connaissance, est nommée Bhakti; la même avec Connaissance est nommée jnâna.
Il y a deux sortes de Bhakti : l'une est la dévotion à Dieu avec nom et forme, l'autre est l'amour pour tous les êtres (Karrna). jnâna aussi est divisée en deux - la pratique de la voie juste enseignée par le maître, nommé yoga, et l'état qui en résulte, qui est pure jnâna.
Il est naturel de croire à quelque chose que l'on ne voit pas pour finalement le trouver. Ceux qui ne croient pas ne trouvent jamais, Les croyants, tôt ou tard, réussiront, les non-croyants, jamais. Tu peux croire même pour la seule raison que la Foi en Dieu ne fait pas de mal. Tu en recevras ta part d'effets bénéfiques. Ce monde existe uniquement pour susciter la Foi en toi. Voilà le but de la création. Aie la Foi et tu pourras atteindre Dieu.
10 - Même si tu ne crois pas tout ce qui est dit de Dieu, crois au moins qu' "Il y a Dieu". Cette graine révèle une grande puissance lors de sa croissance, au point qu'elle peut tout nier, et tout remplir par elle-même. Sa toute-puissance est telle que tu ne verras rien d'autre que Dieu, même pas toi-même. En vérité, Dieu est Tout.
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IV. PAIX1 - Qu'est-ce que la Paix ? Lorsqu'un homme est en sommeil profond, bien que le monde subsiste, en a-t-il le moindre souci ? Son mental est tranquille et reposé. S'il peut conserver ce degré de calme et de repos mental même lorsqu'il se trouve en activité au sein du monde, alors la Paix est réalisée.
2 - Le mental peut-il demeurer ainsi, même lorsque nous sommes confrontés au monde ? Cela dépend de notre façon d'appréhender le monde. Le mental est plus agité si c'est sa propriété qui est pillée, que s'il s'agit de celle d'un autre. La perte d'un bien propre cause plus de souci que celle du bien d'autrui. Pourquoi ? Parce que notre manière d'évaluer les choses est ce qui détermine le degré de plaisir ou d'anxiété qu'elles nous procurent. Par conséquent, si l'on apprenait à voir tout d'un oeil égal, le mental demeurerait en paix. Le mental qui, sait que les affaires de l'univers dépassent ses compétences, se tranquillise nécessairement. De même, si l'on a conscience de n'avoir plus aucune prétention envers quoi que ce soit, ou que toutes choses sont périssables, le mental demeure calme. Ainsi la Paix s'installe durablement si l'on porte sur toutes choses un regard équanime.
La Paix dépend de la façon dont le mental appréhende les choses.
3 -Illustration de ce qui précède: un homme se réveille après avoir fait un rêve. Son mental était heureux, ou ennuyé, selon ses opinions à propos des choses vues dans le rêve ; mais au réveil, son mental demeure inaffecté par toutes les péripéties du rêve ; il demeure équanime. Pourquoi ? Parce que ce n'est qu'à ce moment (au réveil) que son mental se permet d'évaluer tous les éléments du rêve de manière égale. Il ne regrette pas que le rêve ait cessé. Pourquoi ? Il sait que le rêve n'est pas éternel mais doit s'achever au réveil. De même, si un homme sait que tôt ou tard il ne pourra que s'éveiller du long rêve de la vie en ce monde, son mental deviendra immuable. C'est l'état du calme pur. C'est l'état de Paix.
4 - Cet état ne signifie pas pour lui la fin de sa relation au monde. Seuls la paix et le calme du mental lui appartiennent. Ses actes ne pourront que s'adapter aux circonstances. Le seul changement qui soit intervenu avec ce gain de la paix mentale est le suivant : son mental a connu la Vérité et réalisé le détachement -, par conséquent, il repose, paisible ; ses actes, bien que pouvant varier, demeurent impartiaux ; mais les actes des autres sont changeants, sans pouvoir garder l'impartialité. C'est ainsi que le calme du mental apporte un bien énorme, non seulement à lui-même, mais aussi au monde en général. La Paix indique la voie de la conduite juste.
5 - Un homme marche, une lampe allumée à la main. Peut-il être question d'hostilité entre la lumière et les accidents du parcours ? Sûrement pas. Cependant, la lumière et l'obscurité ne peuvent coexister. La lumière chasse l'obscurité, révèle les accidents du parcours, et permet à l'homme de marcher prudemment, en montant, en descendant, sur les côtés, etc... La lumière de la lampe supprime la cause de jurons ou de plaintes futiles telles que : "mon pied a heurté un obstacle", ou bien : "ce creux m'a fait trébucher". Une fois la Paix réalisée, l'homme ne ressent ni haine ni antagonisme envers le monde. La Paix dissipe les ténèbres qui nous empêchent de voir la vraie nature du monde et ses embûches. En l'absence de la lumière de la Paix qui permet de s'adapter aux multiples circonstances, on condamne le monde, lui reprochant ses souffrances, comme on se plaint des obstacles sur un chemin. C'est pourquoi un homme ayant réalisé la Paix Suprême après avoir connu le monde comme un rêve compliqué, ne doit pas être considéré comme étant hors du monde, non concerné par ses activités. En fait, il est le seul à être en harmonie effective avec le monde; il est le seul vraiment compétent pour être un homme d'action. Ainsi, la Paix est le régulateur de tes activités.
6 - L'homme en Paix peut avoir un souci de rectification pour ce qui Se passe dans le monde. S'il en éprouvait de la crainte, de quelle aide pourrait-il être envers ceux qui considèrent ce monde possessivement et avec avidité ? Ils sont sous l'emprise de l'égoïsme et dépourvus de toute notion d'impartialité. Pour guider l'aveugle sur un chemin, ou traiter la cécité de l'oeil malade, on a besoin d'y voir clair. De même, celui qui peut réformer le monde est celui qui a découvert sa propre nature immuable par rapport à la nature changeante du monde, et demeure paisible. De tels hommes ne peuvent s'empêcher d'aider le monde. Pourquoi ? Est-ce que quelqu'un peut manquer de coeur au point de ne pas relever un enfant qui glisse et tombe ? Même question pour les Sages, capables de comprendre les difficultés du monde, et qui peuvent aider les gens. Parce qu'il s'est détaché du mental et du corps, le Sage n'est pas éprouvé par l'effort que demande le service du monde, tout comme le principe vital ayant quitté un corps ne souffre pas, même si de lourds attelages passent sur ce corps en l'écrasant. Le Sage ne se dérobera donc pas devant le travail ou les soucis. Seule la Paix réalisée effectivement peut produire un tel courage, et un tel calme.
7 - En apparence, la Paix peut donner une impression de fadeur et de manque de vigueur. En fait, elle peut tout vaincre. Elle surpasse tout en ténacité et en courage, et c'est de ces qualités que dépend la réussite. Même si le mont Mérou [L'Axe- du monde selon la Tradition] devait basculer, l'incident (!) provoquerait tout au plus un léger sourire chez l'homme en Paix, s'il ne le laisse pas complètement impassible... Cet état est précieux pour les questions regardant aussi bien le monde que l'esprit. Le véritable bonheur dans le monde est le sien aussi, et ce bonheur jaillit après la fin d'un esclavage. La Paix apporte du bien à chacun, de toutes façons.
8 - Les adversaires de la Paix sont nombreux. Ils sont là pour éprouver l'homme. Lorsque nous y sommes confrontés, nous devons rester vigilants, et veiller a ce que la fleur fragile du mental soit épargnée par leurs ombres. Si la fleur du mental est abîmée, elle perdra son parfum , sa fraîcheur et sa couleur. Elle deviendra alors inutile, imprésentable aux autres, et à Dieu. Sache -que ton mental est plus fragile encore qu'une fleur. C'est à l'aide de cette fleur que tes devoirs envers toi-même, les autres et Dieu s'accomplissent. Elle doit donc préserver sa fraîcheur toujours et en tous lieux. Toute bénédiction du mental est l'oeuvre de la Paix.
9 - N'aie de cesse d'adorer le Dieu de ton Soi avec la fleur de ton mental. Laisse les aspects capricieux de ton mental témoigner de cette adoration. Progressivement, ils apprendront à quitter leurs jeux infantiles et voudront connaître le même enchantement que toi. À force d'observer la Paix qui est en toi, ils abandonneront leurs caprices. Toi, tu n'as qu'à continuer patiemment l'adoration. Ne te laisse donc pas détourner par ces caprices du mental ; au contraire, ce sont eux qui seront finalement pacifiés par la Paix qui est en toi. Tout doit être en Paix.
10 - Un dernier mot : l'essence des Védas est la Paix.

V. ACTION
1 -Toute action appartient à Dieu. Son Oeuvre a inscrit chaque chose dans ses fonctions individuelles. C'est par Lui que les êtres, animés ou inanimés, jouent leur rôle. Toutes les actions Lui appartiennent.
2 - Chaque être fait ce qui lui correspond. Qu'est-ce que Dieu a à voir avec cela ? Nous nous intéresserons aux objets inanimés un peu plus tard.
Nous sommes des êtres sensibles; voyons d'abord qui est l'auteur de nos actions. Tout le monde souhaite améliorer son état, et y travaille. Mais les résultats diffèrent, bien que le but et le travail soient identiques. Pourquoi cette différence dans les résultats ? Ici Dieu nous fait comprendre qu'Il est l'auteur de l'action. Autrement, tous les résultats devraient être identiques. Les différences de condition n'expliquent rien : peut-il exister quelqu'un ne souhaitant pas améliorer sa situation ? Quelle que soit son intention envers les autres, chaque individu est certainement honnête dans son intention envers lui-même (ex: pour améliorer sa situation). Cela n'empêche pas qu'il y ait des différences de condition de l'un à l'autre: Toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
3 - Tous les êtres ont la même intention ; cependant, leurs efforts varient de l'un à l'autre, ainsi que leurs états. Ayant dit cela, une question se pose : qu'est-ce que l'effort ? N'est-ce pas simplement un concept mental ? Tous ces concepts ont la même origine, a savoir, cette intention commune a tous (d'améliorer sa situation) -, alors pourquoi ce concept mental de l'effort à accomplir diffère-t-il d'un individu à l'autre ? Ici aussi, Dieu nous enseigne que toutes les actions Lui appartiennent.
4 - S'il est établi que, malgré l'intention commune, l'effort varie selon les capacités individuelles, la question se pose de savoir qu'est-ce qui conditionne ces capacités ? La source est dans le corps et le mental. L'environnement peut aussi influer. Avant de faire un effort, l'on doit tenir compte de tous les facteurs. Cependant, nous n'avons pas un contrôle suffisant de ces facteurs, pouvant faire coïncider exactement l'effort avec la tâche à accomplir : toutes les actions appartiennent à Dieu.
5 - A présent, si l'on dit que le corps, le mental et l'environnement vont progressivement s'ajuster à la tâche à accomplir, on avoue implicitement l'incapacité initiale. Ceci revient à admettre que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
6 - Cela est-il bon ou mauvais que les gens n'atteignent pas leurs buts ? C'est certainement une bonne chose. Pourquoi ? La plupart des gens sont égoïstes ; à toi de juger si leur succès est bon pour le monde ou non. Peut -être te demandes-tu alors pourquoi les efforts des personnes non-égoïstes ne sont pas tous couronnés de succès ? Le plus souvent, bien qu'en apparence ils semblent ne pas être égoïstes, ils ne sont pas sans défauts. Cela dépend de l'ego. Si le non-égoïsme supposé engendre une sensation de supériorité sur nos semblables, Dieu se charge de freiner nos ardeurs, et de nous rappeler - "vous aussi, vous êtes comme les autres, et c'est Moi qui vous gouverne". Le véritable représentant de Dieu est dépourvu d'égoïsme et d'ego. C'est parce que Dieu brille à jamais en lui, en d'autres termes, que le nuage de l'ego n'est plus là pour lui cacher Dieu, que toutes ses intentions se concrétisent. C'est donc un homme de "bonne volonté" (Satya Sankalpa, littéralement : vraie volonté). Dieu rayonne directement à travers lui, en qui il n'y a pas de ténèbres. Il est le seul à connaître l'Intention divine telle qu'Elle est. Dieu accomplit à travers lui le but de Sa création. Toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
7 - A la question : n'existe-t-il pas au moins une de ces personnes de bonne volonté (ou de vraie volonté) ? Pourquoi le monde n'en reçoit-il pas le plein de bénédictions ? Il y a un secret dans tout ceci : les Sages qui savent que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu se vouent à le faire savoir aux autres : il n'y a pas de bien plus précieux que cette connaissance : les actions sont l'oeuvre de Dieu, non la nôtre. Cette connaissance contient en elle toutes les bénédictions. C'est pourquoi le propos des Sages est d'éclairer les autres à l'aide de leur connaissance de Dieu et Ses actions. Ils ne disent pas: "connais Dieu tout de suite ! , mais enseignent les voies et les moyens de la connaissance, et encouragent les gens à suivre le droit chemin, C'est tout. Ils ne disent pas : "sois délivré à l'instant ! puisque le commun des mortels en est incapable. Les Sages n'enjoignent pas Dieu de "libérer les gens immédiatement", puisqu'ils sont dépourvus d'ego. et savent: "Dieu sait ce qu'Il a à faire, et Il le fait; que pourrais-je Lui demander de plus ?" Ainsi, ils souhaitent seulement faire leur devoir, sans en récolter les fruits. Ils ont compris que seul Dieu distribue les fruits des actions. Ils observent simplement le déroulement des choses dans le monde, jouent leur rôle, et ne songent jamais à recréer un monde à eux, ce qui ne serait qu'une forme d'égoïsme. La Création est exactement comme elle doit être. Tout est en ordre. Toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
8 - Sachant que leurs actes sont subordonnés au Pouvoir Divin, comment pourraient-ils envisager d'agir à contre-coeur ? Non, ils ne peuvent pas même y penser. Ils feront leur travail comme un devoir. Les écritures disent : "fais le travail mais ne pense pas à ses fruits." De même que la colère échappe inconsciemment au contrôle d'un homme même s'il est déterminé à ne pas se mettre en colère et à rester calme, de même les Sages à l'intention vraie (Satya Sankalpa) peuvent être choqués par les injustices apparentes du monde, et penser sans s'en apercevoir : "Dieu, faites que survienne le bien !" Alors, cela se produira certainement, et c'est ce qui explique les événements extraordinaires dans le monde. Les grands bouleversements sont le résultat d'un voeu dérobé dans le mental d'un Sage. C'est la loi de la nature. Qui peut la changer ? Toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
9 - Quoi qu'il arrive, c'est dans l'ordre naturel des choses. Donc, c'est juste. Tout ce qui arrive, arrive par Son action. En ce sens, il n'est pas faux de penser que "c'est Lui qui fait voler le voleur", puisqu'à l'heure du châtiment, c'est aussi Lui qui fait souffrir le voleur pour son méfait. Ni plus ni moins. Il ne devrait pas y avoir d'hostilité envers le voleur. Tel est le fruit de la connaissance que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu. Mais même s'il n'y a pas d'hostilité envers le voleur, notre rejet pour l'acte de voler demeure. Cela aussi est le résultat de notre connaissance que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu. Comment ? Parce que le voleur lui-même n'aime pas le vol : resterait-il tranquille si ses biens lui étaient volés par un autre ? Non, certainement. Il n'y a personne pour ignorer que le bien est bon et que le mal est mauvais. C'est pourquoi la connaissance que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu est ce qui peut susciter une conduite droite dans le monde. Notre connaissance s'étend au-delà. Nous ne pouvons répéter que ce que nous connaissons, et ne pas nous soucier de ce qui dépasse notre connaissance. Cela aussi est l'oeuvre de Dieu.
10 - Parmi les fruits de la connaissance que Dieu nous accorde, il y a celui qui nous apprend que toutes les actions sont Son oeuvre. Notre impuissance nous pousse à demander "Dieu, pourquoi agis-tu ainsi ?" Toutes les religions admettent ce même état d'impuissance. C'est parce -que les fruits de nos actes ne correspondent pas à nos désirs, en d'autres mots, parce que nos pouvoirs sont limités, que nous ne pouvons que nous incliner, et constater que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
Cette loi qui nous gouverne, s'applique aux objets inanimés aussi. Nous ne sommes pas mieux lotis qu'eux. Tout est Un. Ceux qui n'admettent pas que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu, ne peuvent que reconnaître leurs propres limites. Cela même est l'oeuvre de Dieu.

VI . EGO
Ô ego! tous les maux du monde prennent leur source en toi. Dans le but de t'éliminer, les Rois font des lois et les Sages donnent des enseignements. Malgré leurs efforts depuis la nuit des temps, hélas ! tu es toujours vivant ; tu te caches seulement, et réapparais encore et encore. N'as-tu donc pas de fin ? Oh si, et, sûrement, elle approche. Un autre Ego a commencé à t'éliminer. C'est l'ego Universel, dont le nom est Je-Suis Brahman (Aham Brahmasmi).
2 - Eh! ego, détrompe-toi, ton ennemi n'est pas de ton espèce: tu es périssable, alors qu'Il n l'est pas ; tu te prends pour "je", parce que tu différencies toujours "je", "tu", "il", etc., mais Lui est libre de ces concepts : Il harmonise les différences et résorbe tout en Lui-même. Ton hostilité à Son égard naît de ce que tu le vois s'élever pour t'anéantir. Mais Lui n'a aucun mauvais sentiment pour toi, puisque tu ne peux te trouver là en Sa présence. Il te voit comme une partie de Lui-même. C'est ta propre imposture qui cause ta perte en Sa présence. Il ne songe même pas à te tuer car tu ne comptes pas a ses yeux. C'est pourquoi, ego, tu te considères comme Son ennemi, mais Lui ne se prend pas pour le tien.
En un mot, tu es ton propre ennemi : par orgueil, tu t'es vanté devant Lui, comme tu le fais en tous lieux. Dès lors, tu es perdu. C'est ainsi que le Soi Universel t'efface , t'ayant absorbé, brillant en tant que Lumière Absolue.
3 - Eh ! ego, les ravages de ton action sont sans limites : tu n'es satisfait que si tu es glorifié devant les autres, et si les autres sont abaissés devant toi ; tes désirs ne cessent de te harceler - "à quel titre serai-je honoré ? Comment puis-je paraître plus élégant ? Les autres , si inclinent-ils devant moi ? M'obéissent-ils en silence ? Proclament-ils que nul ne me surpasse ?" Hélas ! Que ta vie est courte! Et pourtant, que d'ambitions ! Combien de mal tu peux causer ! Tu t'es trompé, croyant trouver le bonheur dans cette vaine quête de gloire et de pouvoir, et en voulant te distinguer parmi les autres. Tout cela ne peut t'être profitable. Pourquoi ? Les autres ne sont-ils pas motivés eux aussi par ces mêmes illusions ? Quelles chances de succès peux-tu avoir face à des multitudes de gens nourrissant les mêmes ambitions ? Dans une telle situation, tu dois mettre un terme à ta vaine volonté de tout dominer. Par tant de vanité, tu suscites le mal, autant pour toi que pour les autres. Écoute mon conseil amical. Pour dire la vérité, Celui-là que tu crois être ton ennemi mortel, est en fait ton ami. Il sait comment te rendre digne de la vraie Grandeur et des vraies Bénédictions. Abandonne-toi à Lui. Cet Ego Universel ne te traite pas en ennemi : Il est ton véritable Bienfaiteur.
4 - Tu ne peux, à ce moment précis, avoir une idée de ce qu'Il fera de toi si seulement tu t'abandonnes à Lui. Quoi que je puisse t'en dire, tu ne peux comprendre. L'expérience de l'abandon à Lui peut seule permettre de comprendre. Nul doute qu'Il t'élèvera à Sa Grandeur, rien de moins. Par conséquent, ne crains pas pour ton avenir ; abandonne-toi directement. Tu pourras toujours t'en retourner, si la joie ne te submerge pas dès le premier instant d'abandon. De même que, en buvant du lait, cela commence par le goût agréable et se termine par l'apaisement de la faim et de la soif, de même l'abandon de soi commence par le ravissement et s'achève dans la Parfaite Béatitude qui est au-delà du plaisir et de la souffrance. Par conséquent, ton but est, nul doute, cet Ego Universel (je-Suis Brahman).
5 - Quel est Ton nouveau nom, après l'abandon ? 11 n'y a pas d'autre nom que le Tien. Les Védas Te louent, le monde Te glorifie. L'essence des enseignements religieux, c'est Toi-même. Quelle est alors Ta forme? Toutes les formes sont Tiennes. Il n'y a pas une forme qui ne soit la Tienne. Tu es Cela qui est adoré dans les temples ; Tu es Cela qui est décrit dans les Védas; les festivités, les cérémonies, sont toutes pour Toi. Mais quel est donc Ton pouvoir ? En Ta présence, le monde est actif; chaque être est ce qu'il est à cause de Toi. En bref, toutes choses Te glorifient, et témoignent de Ton Être. Elles y sont contraintes par devoir. Tu n'aurais même jamais rêvé que ceci pût être ton état. Mets-toi donc à l'oeuvre. Abandonne ta suffisance, car L'ego Universel t'attend.
6 - Souhaites-tu sortir de ton rêve, ou bien est-ce que tu préfères y rester encore ? Combien de temps les images du rêve vont-elles durer ? Ne sois pas paresseux, sors de ta torpeur, réveille-toi ! Tu ne vois que tes propres images mentales, et tu continues d'en imaginer encore et encore. Tout cela est vain. Trouve simplement Qui est ce Toi, ce spectateur de tes images mentales. Ne te méprends pas, en t'identifiant à elles, qui s'élèvent et retombent ; réveille-toi ! Dès l'instant où tu t'éveilleras, tu comprendras que l'éveil vaut mieux que ce rêve. Debout ! L'ego Universel attend pour se réjouir de te voir éveillé.
7 - Ne crains pas la cessation du rêve actuel. Tu vas être autrement comblé. N'étant plus dans l'illusion, tu vas assister en spectateur à cette imagerie mentale, sans en éprouver de trouble, mais avec un sourire. Cela te semblera être une plaisanterie, non plus un fardeau. En rêve, ton imagerie mentale semble avoir des formes réelles. Au réveil, tu sais que le rêve est seulement un rêve. Ne prends pas l'état de rêve pour celui de veille. Connais le rêve en tant que tel. Faisant ainsi, tu dois atteindre l'état de "je-Suis-Brahman" (l'Ego Universel).
8 - Je m'adresse à toi pour ton bien, non pour mon intérêt. Que faire si la Foi te manque, si tu ne suis pas les enseignements, ou si tu quittes le chemin, faute de récompense immédiate ... ~ Comment puis-je t'aider si tout l'enseignement des Saints s'avère vain pour toi ~ Il n'y a pas d'état plus élevé que celui-ci. Il Est, pour ton bien, et, à travers toi, pour les autres aussi. Quitte ta suffisance, dès maintenant. Commence tout de suite. L'ego Universel est le tien.
9 - 0 ego, vois comme tu es l'esclave de tout, et combien tu en souffres! Combien ton état est pitoyable ! Tout n'est qu'hostilité autour de toi ! Lorsque tu dis "a moi, a moi !", tous les autres rivalisent: "à moi, à moi!" Lorsque tu dis "je suis grand", ils protestent : "comment ? c'est moi qui suis grand." Tu es le seul à ne pas t'être hostile. A cause de tous ces soucis , tes productions mentales se multiplient, indéfiniment. N'est-ce pas le moment d'en profiter pour lâcher prise ? Si tu dis "tout est à vous", chacun deviendra ton ami. Il en est Un qui peut te rendre aussi magnanime, et c'est "je-Suis-Brahman" (l'Ego Universel).
10 - Il nie reste un mot à dire. Ce n'est pas le produit de mon égoïsme, mais simplement mon devoir. Je ne dis ce mot spécialement ni pour toi ni pour mon bien. C'est pour le bien de tous.
La Vérité est "je-Suis-Brahman"
(l'Ego Universel).

Lumière de Grâce Divine,
Amour Tout-Puissant,
Bénissez-moi.
Paix ! Paix ! Paix !